Je ne me pose généralement pas trop la question, mais hier (un mauvais jour, plein de doutes et d’appréhension), j’essaie d’imaginer ma vie sans monocycle. Est-ce que je tiendrais le coup ? Est-ce que j’aurais tenu le coup durant ces dernières années ? Je ne sais pas, je ne le pense pas… Je ne serais pas le même, ça c’est certain, et j’irai beaucoup moins bien, et ça aussi c’est certain !
Je crois bien que j’aime le monocycle par-dessus tout, et je ne sais pas si je pourrais arriver à m’en passer désormais… puisse-t-il ne jamais sortir de ma vie !
Je relisais une citation de Jean Cocteau :
« Ce que l’on te reproche, cultive-le : c’est toi. »
Voilà, je vous propose ce fil de discussion un peu décalé, un peu bavard, des fois que certains d’entre nous voudraient témoigner de leur passion, de ce qu’elle représente pour eux et de la place qu’elle a pris et prend désormais dans leur vie…
Un monocycliste serait une sorte de philosophe de l’équilibre, qui choisit la simplicité, par sa volonté et son amour pour la vie, parvient à transformer le déséquilibre en harmonie, témoignant de ce que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais la condition même de la force, et qui à travers chaque tour de roue, livre une réponse très pure, et remporte une petite victoire sur le désespoir.
Je ne parle pas ici de pratiquer seulement le monocycle en tant que sport (ce que je fais également), mais aussi en tant qu’art, comme une forme de résilience poétique, un acte de création sans cesse renouvelé, une sorte de quête de liberté et d’absolu, qui fait qu’on se réinvente un peu à chaque tour de roue, que tant que la roue tourne, c’est la vie qui gagne.
J’espère que ça n’est pas trop simpliste, en tout cas c’est ce que je ressens, et c’est sincère.
Pour pousser plus loin la réflexion :
Phénoménologie du corps, ou la manière dont notre conscience habite le monde à travers nos sens et notre équilibre.
Je pense que tu vas loin, et que personne n’a osé tenter de te rejoindre sur ce niveau d’analyse de sa pratique
Je crois que mon rapport au mono a beaucoup changé avec les époques de ma vie depuis les débuts en 2003, de lycéen glandouilleur à papa qui manque de temps.
Au delà du rapport perso à la pratique du mono, il y a aussi un aspect collectif (communauté, ambiance, valeurs) auquel je suis très attaché et que tu n’évoques pas.
Si tu veux en faire un article pour le prochain Girafon c’est aussi possible
Oui, sans doute, et je te remercie beaucoup pour ton retour @chouch, ça me touche !
Je ne cherche pas une définition complète, simplement à recueillir des témoignages sur différentes dimensions et aspects plus intimes, plus personnel, justement.
Je n’évoque pas l’aspect communautaire, l’ambiance et les valeurs du monocycle, auxquels nous sommes bien sûr tous attachés (et quand bien même certains d’entre nous ont eu moins l’occasion de les partager et donc de les incarner).
Nous partageons tous la même passion, c’est évident, c’est elle qui nous anime et qui nous lie les uns aux autres, pour autant, la plupart d’entre nous est seule, relativement isolée, dans son apprentissage comme dans sa pratique.
J’évoque davantage la manière dont ces valeurs raisonnent en nous-même, et rayonnent autour de nous, dans le monde des futurs monocyclistes (car de même que nous sommes tous des enfants qui avons « grandi », je pense que nous sommes tous des monocyclistes qui s’ignorent)…
Ah ah ! On a le temps (le dernier vient tout juste de paraître)… c’est une drôle d’idée, et c’est bien trop d’honneur que tu me fais là, mais pourquoi pas, si ça a un impact et que ça intéresse les gens (je n’en suis pas certain, à réfléchir et à voir donc)… D’ici là, j’aurais approfondi mes réflexions sur le sujet, et si je renforce mes convictions, alors oui, pourquoi pas…
Je vois d’ici les gros titres :
Le monocycle comme « Sacerdoce » : une forme de discipline monastique au travers de laquelle chaque coup de pédale est une affirmation de conscience. " Pour moi, rouler est une prière laïque : " Regardez ! C’est possible, on peut vivre libre, en équilibre et heureux… Il en faut peu, vraiment peu …"
Le désespoir humaniste : " Je souffre de ce décalage entre ce que l’humain pourrait être (un être de lien, de sensibilité et de liberté) et ce qu’il choisit d’être (souvent enfermé dans la technique, la consommation ou l’indifférence)".
Je plaisante bien sûr, mais en même temps, je suis très sérieux quand je vous écris ici qu’au travers de mon amour inconditionnel pour le monocycle, je cherche en réalité la liberté, la liberté de mouvement (au départ, puisque j’ai débuté spontanément et sans réelle explication, au moment du premier confinement), mais aussi la liberté au sens plus large, celle de s’affranchir des conventions et de l’arbitraire, de les défier comme on le fait de la gravité, et c’est une certaine forme de provocation, j’ai conscience d’être insolent, mais je cherche à faire réagir les gens, à interagir avec eux, à éveiller les consciences (y compris la mienne), je cherche une clé pour ouvrir des portes vers de meilleurs lendemains…
C’est assez étrange le découpage d’une vie, on peut ignorer tout d’un monde voisin du sien, un jour, au gré de l’errance ou du nécessaire, on pousse la porte de cet univers et l’on découvre ce qui se joue dedans : des pensées aux pratiques jusqu’à la démesure des passions. Ça peut être la philatélie, les cerfs-volants ou le monocycle, la vie est dotée de refuges par milliers. Puis un jour, sans l’avoir vu venir, ce domaine est devenu notre exclusif et il emporte tout.
Le monocycle n’est qu’un élément de ma personnalité. C’est sûr que j’ai toujours été snob et que, là, voir la tronche des gens qui apprennent que je me livre à cette activité a un petit côté plaisant. En réalité c’est surtout quelque chose qui participe à mon équilibre… mais ce n’est pas ma seule pratique: je m’adonne à d’autres sports (sports de combat, musique de cuivre) et j’essaye de conserver mon dernier neurone en activité (en écrivant des nouvelles que personne ne lit!) … Donc globalement le mono est une petite partie d’un tout … mais c’est comme dans un puzzle: il ne faut pas qu’il manque une pièce!
J’ai très honte mais l’écrit ci-dessus n’est pas de moi, j’ai juste recopié un bout d’une page du livre Son odeur après la pluie (je t’ai dit que je lisais tout Cédric Sapin-Defour ?) et j’ai changé la compagnie des chiens en le monocycle